"Sans titre" 2006
ANTONI ROS BLASCO poursuit son chemin en solitaire, en dehors des modes, amoureux de la peinture-peinture. Cet artiste exigeant, parvenu à une excellence que les grands formats de cette exposition révèlent, ne saurait passer inaperçu, tant l'œuvre est forte, lucide, tragique comme celle des grands peintres espagnols, Zurbaran, Goya, Picasso (pour ne citer que les plus grands), qu'on ne peut s'empêcher d'évoquer.
Son langage pictural est sobre, très épuré dans sa dernière période. Emergeants de la nuit, d'un noir absolu, hiératiques, ces figures étranges (entre guerriers et fantômes), déliquescentes ou armées de heaumes ou de cages prismatiques, réunies pour un "Ultime face à face", (polyptyque 2007 ) nous interpellent. Leurs yeux fixes et noirs contemplent l'indicible, l'inexorable destin de l'homme.
Figures totémiques, archétypales de la nuit ancestrale, aux couleurs primitives des peintures murales des civilisations préhistoriques (noir, ocre jaune et ocre rouge), silencieuses et pourtant interrogatives.
Quelle tragédie se joue ou s'est jouée, quel enfer vivent ou ont vécu ces personnages, à quels rituels participent-ils? ("Au delà du miroir", 2007, triptyque,),
Le pictural et le géométrique s'affrontent ou s'accordent pour n'offrir du théâtre de la vie que sa quintessence. Un regard de nuit, mais des éclairs de lumière, de vie, des chairs encore vives qui ne demandent qu'à s'échapper de leur cage géométrique, qu'à renaître. ("Eclosion", diptyque 2006, "Arbre de vie", 2008, "L'envol" 2008).
L'œuvre de Ros Blasco, hautement symbolique s'origine dans la pensée mythique. Comme elle, bipolaire, elle se joue des contraires. D'un côté la nuit, l'enfer, ("Au delà du miroir", "La Source noire"), de l'autre la vie, la lumière, l'esprit ("Et la lumière fût…") L'angoisse de l'homme primitif devant les mystères de la vie, devant l'incompréhension du cosmos, n'est pas si éloignée de celle de l'homme moderne, malgré… et à cause des avancées de la science. Ce dernier s'interroge toujours sur ses origines, et reste soucieux de son avenir (en tant qu'espèce) et de celui de la Planète-Terre. ("Ainsi va le monde"…, polyptyque 2007). Le soleil suspendu continuera-t-il de briller ? Les flèches lumineuses sont porteuses d'espoir, mais ("La source noire.", 2006), reste toujours menaçante.
Dans son universalité, la simplicité formelle de ses symboles, l'œuvre de Ros Blasco exprime le tragique de la condition humaine et apparaît comme une épure, un élan vers la lumière, vers l'esprit.
Commissaire de l'exposition
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